Qu’y a-t-il après une tragédie si pas un chemin vers l’évolution ?

Les administrateurs du groupe Comité de soutien à Bertrand Cantat ont travaillé pour professionnaliser un documentaire qui réunit simplement la parole de tous les magistrats qui ont, d’une manière ou d’une autre, pris l’affaire en main. L’enjeu pour la société est important après de telles épreuves : il s’agit de la lutte contre la violence, les abus, dans toutes leurs formes. Transformer, modifier les dires qui ont été actés par des juges au vu d’en faire une tragédie lucrative ne sert en rien du tout la réelle lutte contre la violence. Au contraire, cela parvient uniquement à diviser et à semer haine et colère à l’infini, une atmosphère propice à tous dérapages d’êtres humains. Une régression. Le but n’est pas de tolérer ce qui s’est passé mais de réfléchir de façon honnête et courageuse afin de réduire, voire d’empêcher tout nouveau cas.

Qu’y a-t-il après une tragédie si pas un chemin vers l’évolution ?

Je ne comprendrai jamais comment lyncher une personne peut procurer un sentiment de bonne conscience, un sentiment de lutter contre la violence.

C’est triste et c’est un gaspillage de devoir investir de l’énergie pour prouver une manipulation, une déformation des faits. Une histoire déjà tragique qui se transforme en tragédie lucrative, dont certains profitent. Mais où est la lutte contre la violence ? Tout devrait, au contraire, commencer par un renoncement à un petit bout de profit, ça se passerait naturellement beaucoup mieux…

ON NE VIOLE PAS LES FEMMES, ON N’ABUSE PAS DES ENFANTS, ON NE PORTE PAS DE COUPS MORTELS (ou de coups tout court) sur qui que ce soit. C’est certain. Mais ces choses terribles arrivent effectivement sur terre. Cela signifie également que c’est sur terre que l’on peut réussir à les arrêter, du moins, autant que possible. Les ressources pour renverser la situation nous appartiennent déjà.

Un monde sans violence, un monde qui ne soit pas complice de déviances et de dérapages passe par une évolution des sociétés et donc par une évolution de chacun de ses membres. Une remise en question. Un dialogue. Un débat. Des rencontres. Une prise de conscience sur comment nous y contribuons collectivement. Reconnaître comment nous nourrissons ce dysfonctionnement et ne plus lui donner à « manger ». Choisir l’évolution c’est dire non à la régression. C’est montrer à nos enfants que le meilleur existe si on choisit de le faire exister. Un choix de direction à faire…

Bertrand Cantat a vraisemblablement perdu sa valeur aux yeux de milliers, voire de millions de personnes. Et il ne s’agit pas de contester ceci. C’est une donnée qui fait partie de la réalité. Mais l’inverse est tout aussi vrai et vivant. Et heureusement qu’il en est ainsi. Prendre conscience et accepter qu’une personne n’a pas pu blesser à 360° est une clé qui devrait ouvrir la porte de la libération. Une étape cruciale pour chacune des parties impliquées dans un drame.
Plein de gens continuent à aimer cet homme, cet artiste, cet ami. Ils sont des milliers, voire également des millions qui continuent à apprécier en lui ces multiples facettes qui composent son talent. Un talent qui a réussi à rassembler autour d’un message, d’une sensibilité et d’une musique une foule de personnes. Ce public-là choisit de ne pas oublier ce que Bertrand Cantat réussit à procurer comme bons sentiments par le biais de son art. Ce public-là répond présent pour continuer à soutenir cette face non condamnée et non condamnable. Les motivations qui poussent les gens qui forment ce public à rester sont aussi nombreuses que diverses et elles appartiennent à chaque être humain. C’est le pouvoir des vies qui se rencontrent à des moments précis, jamais par hasard. C’est la diversité des angles de vue.

Pour ma part, en 2003, l’annonce de ce drame avait tout d’un fait divers. Je ne suivais pas particulièrement le groupe Noir Désir. Je connaissais les morceaux à grand succès, je les écoutais avec plaisir à la radio. En revanche, le fait de recroiser cette histoire humaine et de constater comment certains mouvements ou médias œuvrent pour empêcher un homme de se réinsérer – il n’est ni un fugitif, ni un impuni – fait sonner l’alarme chez moi en réveillant des valeurs profondes que je défends peut-être même passionnément. Ça fait appel à une vision de société que je défends. J’ai moi-même mené mon combat, beaucoup d’années se sont écoulées et j’ai vu mon regard changer chemin faisant. Une chose est sûre, c’est que pour sortir de la colère, de la haine, du dégoût, de la honte… il ne faut pas rajouter une couche, ou plusieurs, de ces mêmes ingrédients, il faut faire quelques traversées et aller chercher autre chose, plus loin, plus profond. Il n’y a pas mille choses qui vont fonctionner, il n’y en a qu’une : accepter les faits et quitter la guerre par amour. Peu importe ce que les autres pensent.

Je ne crois pas à cette idée ou question que l’on entend tout le temps : faut-il séparer l’homme de l’artiste ? A mon sens, non. La vie est une addition de pas, et pas une soustraction. Et c’est en incluant chacun de nos pas dans notre bagage que l’on se doit de continuer la route en devenant ce que nous pouvons être de mieux, au fur et à mesure. Notre propre évolution est un droit autant qu’un devoir. Cette dimension nous la possédons et c’est sur elle qu’il faut miser. C’est elle qui peut nous éclairer et nous conduire vers plus de compréhension. La case de la compréhension est libératrice et, par conséquent, incontournable pour pouvoir avancer.

Il y a dans ce documentaire une déclaration de Bertrand Cantat dans laquelle réside tout, selon moi. C’est quand il dit : « Je n’accepte pas moi-même d’avoir levé cette main. Jamais, jamais, elle n’aurait dû se lever. » La force de cette déclaration est que si elle devait ne pas être sincère, elle se retournerait forcément contre lui et éventuellement ses proches. La vraie et infinie facture à payer est probablement celle de vivre libre avec ce geste à porter avec et en soi. A Bertrand Cantat de trouver, cet être humain en lui qui inclut tout ce qu’il a été, tout ce qu’il est et tout ce qu’il peut devenir. Au nom de quoi la société peut-elle empêcher un être humain de poursuivre ce chemin ? Nous sommes des citoyens imparfaits, des victimes et des bourreaux à la fois, au quotidien. C’est ce qui crée l’opportunité de grandir après chaque épreuve.

Qu’est-ce que la société attend d’un citoyen ? Et qu’est-ce que la société attend d’un citoyen qui aurait effectivement commis une énorme bêtise pour laquelle il a purgé la peine infligée ? N’attend-elle pas de cette personne qu’elle s’implique et s’engage à rester du « bon côté » ? Oui, c’est ce que la société attend et c’est ce que la société donne comme « devoir » à ses citoyens libres. Et c’est évident qu’atteindre ce but passe par la vie sociale et professionnelle.

Barrer cette route relèverait d’une hypocrisie monumentale de la société, elle-même. De quoi sommes-nous effrayés dans le cas présent ? Qu’un artiste passe deux heures de temps avec son public ? Qu’ils vivent ensemble un bon moment ? Qu’ils se remplissent de bons souvenirs, des souvenirs qui peuvent à tout moment déclencher de belles actions ou donner lieu à des inspirations ? Sérieusement ça nous fait peur ? Ce rendez-vous ne concerne que l’artiste et son public.

JE PENSE SINCÈREMENT QUE, SANS L’ART, CE MONDE N’EST PLUS RIEN DU TOUT.

Je sais et je respecte que certaines personnes décident de ne plus croiser la route de Bertrand Cantat. Mais ne nous trompons pas. N’allons pas vers la régression en refusant d’accepter la diversité des angles de vue qui composent notre humanité. Acceptons cette diversité, cette richesse, respectons la liberté de chacun et investissons plutôt l’énergie pour se rapprocher de ce même but visé : réduire et éliminer les violences.

Ne pas réussir à accepter la diversité des angles de vue qui découlent de nos vécus et histoires respectifs fera de nous les créateurs de la GRANDE TRAGÉDIE DE CE MONDE. Y a mieux que ça, non ?

Nadine Trintignant crée un événement « Marquant(d) »

Nadine Trintignant crée l’événement « Marquant(d) » du 13.11.2019

L’interview de Nadine Trintignant dans laquelle elle annonce d’emblée être venue soutenir Roman Polanski a été autant inattendue que choquante, voire,  pas si surprenante que ça, finalement.

https://people.bfmtv.com/actualite-people/nadine-trintignant-soutient-roman-polanski-accuse-de-viol-ce-ne-serait-pas-roman-polanski-on-lui-ficherait-la-paix-1805113.html?fbclid=IwAR0ixm3nFI2N2axj-egVu8TghgRY6326hP9-1Mv4fDasWZntKmGEBcASmsw

Les féministes ont réussi à empêcher au moins une avant-première du nouveau film de Roman Polanski « J’accuse ». Une nouvelle plainte est venue se rajouter à l’encontre de ce grand metteur en scène : c’est une photographe, ex-mannequin, Valentine Monnier, qui dénonce un viol subi dans le chalet du cinéaste à Gstaad en 1975. Ce fait est totalement réfuté par l’avocat du réalisateur.

Nadine Trintignant crée l’événement « Marquant(d) » du 13.11.2019…

C’est le moins qu’on puisse dire… Elle n’a pas été blessée directement par Roman Polanski, et c’est ce qui la rend libre de pouvoir continuer à admirer la grande valeur de ce cinéaste, point de vue que je partage. Elle est si fière de le connaître, si admirative envers son travail et son parcours que la parole des femmes qui dénoncent le comportement violent dont il aurait été, manifestement, capable, il y a une quarantaine d’années, représente plus à ses yeux une « vraie fiction » qu’une vérité, à part le premier cas, qu’elle définit comme ayant été, certes, grave, mais désormais réglé. C’est un fait.

Roman Polanski n’a tué personne. Toutefois, lorsqu’une femme ou tout être humain reste enfermé dans sa souffrance, parce qu’il/elle ne trouve pas la sortie, ce sont des années de vie sans vie qui s’écoulent. La durée de ce combat peut parfois surprendre.

https://www.lci.fr/people/nadine-trintignant-defend-roman-polanski-on-devrait-le-remercier-d-avoir-fait-ce-film-2137596.html

Si nous retournons à l’envers les propos ou du moins la logique – qui permettent à Nadine Trintignant de soutenir le cinéaste, nous obtenons exactement les propos utilisés pour l’acharnement qui dure, depuis 15 ans, contre Bertrand Cantat, en l’appelant à ne pas poursuivre son métier dans la lumière… en appelant à la CENSURE de son œuvre. Évidemment, Marie Trintignant n’est plus là, en raison d’une dispute violente avec le chanteur qui s’est très mal terminée et cette blessure n’a pas de limite, c’est sûr,

L’intervention de Nadine Trintignant valide à mon sens la théorie que je défends, celle des points de vue qui naissent – comme des enfants – de nos propres expériences, de nos tragédies comme de nos joies. Aucun être humain ne peut déclarer que la valeur d’un autre est définitivement « nulle » pour la vie qui (lui) reste. Cette même valeur – sous un autre regard, lui aussi, légitime – a la capacité d’être belle et utile pour des milliers d’autres personnes, encore. Au nom de quoi ce monde devrait se passer de telles contributions ?

Si on devait poursuivre un même but en tant que citoyens du monde, il devrait s’appeler « rendre cette humanité meilleure ». Et ça passe par encourager le meilleur de chacun. On a beaucoup entendu parler de « décence » et de « repentir » autour du cas Bertrand Cantat, à croire que d’un seul coup, ce monde était peuplé « d’experts en décence » ou « d’experts en marche à suivre du repentir ». Peut-être que si nous avons tous trouvé dans nos tiroirs un « décenceomètre » et une « marche à suivre du repentir », c’est que ces outils, certainement utiles, sont avant tout à utiliser pour soi-même. Francesco de Gregori, un artiste auteur-compositeur italien que j’apprécie, dit dans une de ses chansons : « ognuno è vittima ed assassino » (chacun de nous est une victime et un assassin), extrait d’un superbe texte Vai in Africa, Celestino.  J’adhère à cette façon de voir la vie. Les pires souffrances sont celles que nous traversons sur terre et nous en sommes les créateurs, nous les infligeons aux autres, les autres nous les infligent, nous nous les infligeons à nous-mêmes. Soyons honnêtes, soit nous prenons les deux étiquettes, soit nous refusons les deux. Mais laissons la place à l’évolution de l’être humain, il y a toujours un réglage à faire pour agir mieux, en faisant le plus de bien et le moins de mal possible. La prise de conscience de ce que nous pouvons être, en incluant les extrêmes qui nous définissent, nous rend la liberté et la responsabilité à l’égard de notre propre route et nous donne les moyens de faire face à nos défis. Ce n’est pas le rôle d’un être humain de retirer ces moyens-là à un autre. Cette prise de conscience doit rester un accès libre pour tout le monde.

La lutte contre les violences et les abus

C’est un combat dans lequel nous sommes tous impliqués et concernés. Ces déviances se trouvent dans tout ce qu’il y a de plus commun comme environnements : la famille, les relations humaines, le travail, les loisirs etc. Une des choses que nous pouvons faire pour contribuer positivement et durablement à l’éradication des violences et des abus, c’est de mettre en paix notre propre monde intérieur. C’est un accès exclusif qui nous est réservé, personne ne peut le faire à notre place… Le plus, il y a d’êtres humains en paix, le plus le monde est en paix. C’est une équation très simple qui nous donne le ticket pour ce grand voyage autour du monde des sentiments humains. Les artistes nous aident car ils sont des « guides de masse », ils éclairent, ils accompagnent.

Se positionner devant l’entrée d’une salle de spectacle ou d’un cinéma en soulevant des pancartes ne revient pas à lutter contre les violences. Ces personnes qui ont choisi de faire la queue pour aller découvrir une œuvre ou écouter un artiste ont toutes suivi un chemin : leur propre vie. Personne ne peut prétendre que ces gens-là ne se situent pas au bon endroit.  C’est une erreur (un auto-goal…) de penser qu’en allant culpabiliser ou tenter de dissuader ces spectateurs nous fasse avancer vers le bon but. Ils se sont situés face à un travail artistique porté par un Homme, un être humain imparfait qui a parfois montré de grandes failles dans le courant de sa vie. Ce paramètre a forcément été pris en compte dans leur choix d’être là.

De mon point de vue, pour lutter réellement, il faut aller rencontrer les raisons, les explications qui poussent à la déviance. En quoi la société y contribue ? Ouvrir un dialogue. Un rapprochement des extrêmes est ce qui permettra de chasser la crainte pour accéder à mieux se comprendre. Il n’y a pas d’avancement sans passer par la case « compréhension », d’abord.

Comme dans un Jeu de l’Oie, nous nous dirigeons tous vers ce bien-être, mais ce sont bel et bien des cases différentes pour chacun de nous qui nous construisent, qui nous font réfléchir, qui nous permettent d’explorer notre monde intérieur afin de devenir, toujours un peu plus, cet être entier et conscient.

Au final, le soutien de Nadine Trintignant à Roman Polanski n’est pas si surprenant ou marquant que ça. L’idée serait de pouvoir étendre cette logique au cas de Bertrand Cantat. Car oui, des milliers de personnes suivent le même raisonnement à l’égard de l’actualité qui l’entoure. Il y a plein de gens qui n’ont pas été blessés directement par cet homme et se disent : « s’il n’était pas une célébrité, on lui ficherait la paix »,  » il a un immense talent de musicien et on devrait le remercier pour son œuvre »… Une file d’attente est debout, ce sont les personnes venues défendre le droit de Bertrand Cantat à reprendre son travail. C’est tout à fait compréhensible, Madame Trintignant, que vous ne soyez pas dans cette foule et que votre chemin vous guide vers un autre angle de vue. En revanche, ne croyez pas, que vous allez trouver dans le public de Bertrand Cantat, des femmes et des hommes sans coeur ou insensibles au combat pour un monde avec plus de justice et sans violence. Bien au contraire.

Pour conclure, il ne serait certainement pas étonnant du tout que les personnes en train de découvrir, ces jours, le film « J’accuse » soient en partie les personnes prêtes à « racheter ou acheter » un billet pour le spectacle « Paz ».  

Il reprend son travail là où il l’a laissé, c’est son droit le plus fondamental…

Au nom de quoi pouvons-nous empêcher un être humain de faire sa part de bien pour ce monde ? Quel être humain sur terre peut dire que la valeur d’un autre ne compte plus ? Certaines peuvent ne plus adhérer à la valeur d’une personne, et je comprends ça. Mais cette même valeur, vue sous un autre angle, continue d’être utile pour le monde.  

La face « pire » de Bertrand Cantat est consumée, réalisée, plus rien ne passerait ou ne serait admis. C’est clair. En revanche, il a bel et bien cette face qui sait faire beaucoup de bien à des millions de personnes et ce n’est pas à prouver. C’était déjà là, avant. Il reprend son travail là où il l’a laissé, c’est son droit le plus fondamental. C’est le seul moyen de cultiver, sans limite, l’inverse de ce dérapage dans son cœur, dans sa vie, sachant qu’il ne pourra jamais l’égaler dans les mêmes proportions. Nous sommes d’accord. Mais il peut aller le plus loin possible dans cette direction, pour son bien et celui de son entourage. Seule l’hypocrisie d’une société pourrait barrer cette route. Une société qui prétend œuvrer pour le bien alors qu’elle empêche le meilleur de ses membres et qui nourrit, par la même occasion, « haine, mépris et frustration », les sentiments déclencheurs de déviances.

Laisser Bertrand Cantat poursuivre sa route vers ce qu’il est de mieux lui permet de gérer sa souffrance tout en faisant autant de bien que possible, à partir de « ici et maintenant ». Que demander d’autre à un être humain libre dans cette société ? Quel autre défi lui lancer ? C’est la valeur qu’il peut apporter à ce monde, cette valeur est précieuse. Cette face n’est pas condamnable et ne peut pas être condamnée. Au nom de quoi pouvons-nous empêcher un citoyen de faire sa part de bien pour ce monde ? Son métier d’artiste le met en lumière, certes, et je peux bien concevoir que cela crée un certain malaise. Libre à chacun de participer ou pas à son succès. Cette lumière est la réponse à son immense talent. Cette lumière, il la partage avec un public présent, heureux qui pourrait difficilement s’attendre à recevoir plus de la part de l’artiste qu’il aime. Au même temps, cette lumière agit un peu comme une « caméra de surveillance ». Tout le monde sait qui est Bertrand Cantat, tout le monde est au courant de sa « terrible et irréparable erreur ». Ceci rend définitivement chacun de nous libre et responsable de se situer face à son travail d’artiste. Chaque point de vue est légitime, et c’est juste ainsi. Toutefois, fermer la porte à l’expression de Bertrand Cantat ne va en aucun cas embellir ou donner meilleure allure à ce monde. Le grand danger, pour la société et les futures générations, c’est de faire croire qu’en agissant ainsi nous luttons réellement contre les violences et les abus en général. Sommes-nous sur cette voie ? J’en doute. La société devrait se poser des questions plus courageuses et honnêtes pour comprendre en quoi elle contribue à son propre dysfonctionnement – de façon volontaire ou involontaire – et idéalement, retirer sa contribution… Tant que cette prise de conscience n’a pas lieu complètement, nous continuons « d’applaudir » les parties prenantes qui rendent possible ce dysfonctionnement.

Tout autre citoyen qui aurait commis le même dérapage que Bertrand Cantat passerait de façon incognito dans la société. Nous pourrions également aimer, encourager, une de ces personnes, un jour ou l’autre, sans, par contre, tout connaître de sa vie. Bertrand Cantat n’est pas un fugitif et n’a jamais contesté ce qui lui a été demandé de payer. Sa vie est exposée. Qui peut à partir de là imposer une toute autre loi ou une extension de loi qui le condamnerait à rester dans un coin ? Son cas a été géré par la justice, contrairement à d’autres qui ne le seront jamais, il est libre de se reconstruire, de repartir dans sa vie, avec uniquement de bonnes intentions. S’il y a au sein de certains mouvements populaires la volonté sincère de rendre ce monde plus juste et plus équitable, en défendant de bonnes causes, alors « go » pour cette mission. S’acharner sur une seule personne – qui a purgé sa peine et qui ne plus faire de faux pas – c’est un luxe qu’on ne peut en réalité pas s’offrir. Le temps presse. Il y a un choix à faire.

Ne pas retirer les moyens à une personne afin que celle-ci puisse gérer sa souffrance et accorder une place à tout le bien qu’elle peut apporter est de toute évidence le seul chemin qui puisse rendre meilleure cette humanité. Une société qui ne parvient pas à trouver en elle cette dimension lui permettant de faire valoir ces qualités humaines est une société qui tue…lentement mais sûrement.  

Documentaire

Pétition

https://www.mesopinions.com/petition/art-culture/lettre-ouverte-franck-riester-ministre-culture/75032?fbclid=IwAR39dvSW0OlySZrqgFz-yCsmOdfC2_lthsxsaS5LoiFBY1tSTpp1m9flXM0

Bertrand Cantat, une histoire humaine. Que faire si pas encourager ce qu’il reste de mieux ?

Loup Chocolat est cette idée d’un monde qui encourage ce que chacun peut faire et être de mieux. Prendre conscience de nos forces antagonistes et trouver par quelle combinaison nous nous rapprocherons le plus de notre grandeur afin de mettre ce « trésor » au service d’une évolution positive de l’humanité.

J’ai récemment rejoint le Forum ainsi que le Comité de soutien Bertrand Cantat sur Facebook. L’histoire de Bertrand Cantat résonne et fait appel à ce monde que j’idéalise et qui soutient ce droit à la reconstruction et à pouvoir repartir. Tant que la Vie est là, la possibilité de donner ce qu’on a de mieux l’accompagne.

Le Forum ainsi que le Comité de soutien sont menés par des personnes prônant la liberté d’expression. J’apprécie l’œuvre de Bertrand Cantat aujourd’hui sans avoir été fan, auparavant, de Noir Désir. Je suis pour que son œuvre puisse, dans la forme que lui choisira de lui donner, continuer à faire du bien.

Je partage volontiers le texte que j’ai posté et dans lequel j’expose mon point de vue et ma sensibilité. De manière plus générale, c’est de dire que ce n’est pas en voulant empêcher l’expression d’un artiste que nous avancerons dans la bonne direction. L’expression elle-même contient « l’arme » dont nous avons besoin pour combattre les injustices et mener nos batailles, celle qui transforme les gens en êtres humains meilleurs.

Au plaisir de dialoguer

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JE N’AI PAS REJOINT LE FORUM ET LE COMITE DE SOUTIEN BERTRAND CANTAT PARCE QUE J’ÉTAIS FAN DE NOIR DÉSIR…ET TENAIS A LE PARTAGER

Personne n’est venu sur terre pour accomplir un parcours sans faute et nous appartenons tous à cette catégorie d’Êtres humains pouvant déraper à tout moment…

Je fais le vœu pour que ce monde ne soit pas privé de tout le bien que Bertrand Cantat nous fait partager par le biais de son art. Ça serait vraiment dommage de passer à côté. Seul Bertrand Cantat connaît la juste décision. J’ai confiance en cette décision, celle avec laquelle il se sentira bien, tout simplement. Au final, c’est là l’essentiel. Quelle que soit la direction qu’il prendra, il ne peut que se rapprocher de ce qu’il a de mieux, toutes les autres possibilités s’étant évanouies.

Ce forum est vraiment spécial et très accueillant. Je l’aime beaucoup. Je ressens que la plupart des membres connaissaient très bien Noir Désir, suivaient Noir Désir. Pour ma part ce n’est pas par cette route que je suis arrivée là…

A l’époque, j’appréciais lorsque ça passait à la radio, ça me rappelle quelques soirées, des ambiances, des camarades. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ce groupe en concert, une sorte de grande frustration aujourd’hui 🙁 c’est comme ça. C’est en entendant parler de Bertrand Cantat en tant qu’artiste devant se reconstruire que je l’ai vraiment découvert et rencontré à travers son art et également en tant qu’être humain face à un grand défi. Si on pense que la Vie ne nous met que dans des situations en phase avec notre capacité à les gérer, ça peut en effet être impressionnant lorsqu’on pense à Bertrand Cantat.

J’apprécie beaucoup sa musique depuis un petit bout de temps, je l’écoute quasiment quotidiennement, à des doses plus ou moins variables et ça me fait un bien incroyable. Irais-je le voir en concert ? Oui, c’est sûr, dès que l’occasion se présentera.

Avec tout ça, mon intention est juste de dire et de souligner que les choses peuvent aussi se passer dans cet ordre-là au sein de l’humanité que nous sommes. Le droit à cette reconstruction, à un nouveau départ, à faire vivre ce qu’on a de mieux en soi touche le cœur et le fond de mes valeurs et d’un monde humaniste que j’idéalise – assez naïvement par ailleurs. J’aime voir les choses sous cet angle de vue, ça permet d’entrevoir un espoir et quelque chose d’utile qui peut servir l’évolution de l’être humain. La force d’une histoire humaine est qu’elle peut en impacter une autre, juste parce qu’elle est comme elle est, déclencher de bonnes choses et ainsi de suite…

Bertrand Cantat n’est pas un fugitif. Bertrand Cantat a cette capacité – grâce à ce talent immense – de pouvoir emmener son public dans des zones très profondes de notre monde intérieur que nous avons besoin de découvrir, de rencontrer, de comprendre pour se sentir mieux ensemble, ne plus craindre… C’est précisément – et ça peut sembler paradoxal – ce qui peut aider l’être humain à ne pas dévier. C’est mon sentiment et je l’assume. Sommes-nous experts de ce que nous n’avons pas été parce que nous le sommes déjà en réalité ? Ceci-dit, je n’ai aucun doute quant à la fibre humaniste, généreuse et sociale de Bertrand Cantat.

A l’heure où j’écris ce message, circulent dans ce monde toutes ces personnes qui donnent et continuent de donner des coups minutieusement, sans avoir l’intention d’arrêter. La plupart d’entre elles ne payera pas. Cette réalité est la principale cause des injustices, des déséquilibres de ce monde, c’est la chaîne de l’égoïsme organisé, du profit et de l’abus de pouvoir dans tous les domaines… Beaucoup de factures restent impayées.

A toutes ces personnes – non légitimes – qui tentent de dissuader ou de culpabiliser d’autres personnes qui ont choisi d’aller voir, écouter et applaudir Bertrand Cantat, j’ai envie de leur demander : Comment pouvez-vous avoir la certitude que, aujourd’hui ou demain, vous ne serez pas en train de féliciter ou de célébrer une personne impunie ? Les probabilités sont bien réelles. Mais ça ne veut pas dire que cette personne ne mérite pas vos félicitations.

Nous pouvons aimer Bertrand Cantat – parce qu’il y a plein de bonnes raisons pour le faire – et être contre les violences et abus de tous genres. C’est une évidence.

En revanche, œuvrer pour censurer l’expression d’un artiste en prétendant que ça peut aider à combattre les violences conjugales, me fait plutôt penser à un « auto-goal »…

Je ressens une compassion profonde et sincère pour toutes les personnes qui ont été blessées de façon définitive par ce chapitre qui a atteint l’irréparable, et comprends tout à fait que leur chemin soit composé par d’autres sentiments et je respecte entièrement ceci.

De mon point de vue, et en phase avec ma propre traversée, je tiens à défendre l’idée que poursuivre vers ce que nous avons de mieux avec comme condition de porter notre valise doit rester un droit tout comme un devoir. Les grandes épreuves peuvent souffler de grandes inspirations, je souhaite à Bertrand Cantat de continuer de ne pas avoir peur de la route et de saisir – cette fois – ce que le vent lui apportera. 🙂

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